Event N°17 : 5000$ NLHE avec Phil Ivey
Par Pierre Neuville aka The Serial PokerStars Qualifier, jeudi 10 Juin 2010 à 18:06 :: WSOP 2010
Comme Claudine mon épouse chérie et aussi ma meilleure fan de poker, me pose parfois la question : « Mais le poker en définitif, avec ses émotions, ses déceptions brutales et cruelles est-il un réel plaisir ou une torture ? »
Il n’y a au fond pas de réponse exacte. Ce jeu sportif a un tel potentiel de nous créer des intensités de suspens , d’excitation dans la finesse de recherche de la pensée, d’émotions positives qui en découlent qui s’additionnent vers un plaisir de victoire qui se construit pas à pas, heure après heure et qui peut comme je viens de le subir à l’instant, voir ce plaisir se transformer en une seule seconde en une défaite d’une brutalité sans limite et sans pardon.
Il est 18h00 ici à Vegas, nous sommes dans le 5000$ Holdem No Limit, un pré championnat du monde. Le buy-in ne coute « que » la moitié du main event mais ici pas de qualifications. Il n’y a donc qu'un field assez relatif de 800 joueurs. Mais ici, que du pur ! Le field contient la quasi-totalité des 500 meilleurs joueurs du monde. Y être, c'est comme se situer à l'antre du Paradis et pour y participer, j’ai utilisé ma 2e qualification au main event sur PokerStars. Je suis donc heureux d’y participer et en plus d’avoir gagné mon entrée après une longue lutte.
Depuis 6h de combat tout en finesse à une table où il n’y a que du beau monde, US, Suédois, Allemands, Canadiens, Russes, tous les styles ! Un seul joueur n’avait pas le niveau, il sort, usé par les joutes incessantes de cette table très difficile.
Le siège à ma gauche se vide donc quelques minutes et le referee va chercher le joueur qui va le remplacer. Un silence, une quasi immobilisation de la table, il s’assied, je recule un peu car il prend « large place », je tourne la tête et là j’aperçois, Phil Ivey, lui même ! Au golf, je n’aurais jamais finalement joué un Pro Am avec Tiger Woods, mais au poker je vais donc devoir attaquer les blindes du réellement indiscuté meilleur joueur du monde ! Il va être en position pour relancer chacune de mes ouvertures.
La table déjà dure depuis el début de la journée semble être en lévitation ! On dirait que chacun remonte de deux crans les mains avec lesquelles il va jouer. Phil ne se jette pas imprudemment, il a 30.000 de tapis, je n’en ai que 10.000 et le chip leader de la table 60.000. J le vois plutôt comme un fauve en attente de dévorer se ses proies.
Ante 50 blinde 200 – 400, nous avons donc 1100 dans chaque pot ; appétissant me direz vous !
Et je m’aventure de plus en plus. Je sens le raisonnement, si j’ouvre devant Phil je dois avoir une main sérieuse sa position renforce donc mon image à la table. Je gratte quelques pots, j’enchaine quelques flops non touchés et je ne perds pas un jeton contre Phil. Je ne dois montrer aucune main perdante et donc deux heures de luttes en finesse me ramènent à quasi la moyenne 22 000. Oui c’est le paradis, le combat au sommet, les journalistes passent et repassent, je plaisante à celui de PokerStars News ; s’il pense que mon voisin de gauche est impressionné par le SerialPokerStarsQualifier…
Dinner-Break de 19 h, d’habitude je monte dormir une heure mais cette fois ci je ne parviens pas à trouver le sommeil. Mon cerveau continue sur sa lancée, je vis le coup où je vais sortir Phil Ivey. Il va finir par se lancer ! J’imagine KK et je m’empêcherai de relancer même après 2 ouverture et call, je call, il a AQ ou JJ il se lance et call en face et je pousse all in en un semblant de squeeze qui l’attire. Mais retour à la réalité, il est 20h30 et la partie reprend. Je remporte encore deux petits pots, mon tapis a repris de belles formes et j’attends désormais patiemment.

Je suis de BB 400, Phil fold mais il y a de l’action ! 1200, call, call, 3800 ! Le rêve devient réalité en découvrant KK, deux rouges, deux vrais KK enfin ! All-in, fold, fold et un call ! Il y a 50.000 dans le pot, plus de la moitié des joueurs sont déjà sortis, mon tapis va être le double de celui de Phil. Ils auront difficile de m’empêcher désormais d’aller in the money. Tout cela me transperce l’esprit en une seconde. Le pot est énorme le plus gros de la journée, il déborde de ses 50.000 jetons.
Phil Ivey n’y est pas mais fait de grands yeux exorbitants, le « call » me demande ma main et j’étale mes KK en ne pensant pas comme à Copenhague quand même il va montrer JJ ou AQ.
Je vois un 1er As avec, non l tête me tourne, je vois double, un second As ! Les AA tuent mes KK ! Le flop vient, vite une image, j’y crois à ces 21% ! J’en ai vu plein ici des As craqué, je pense avec force une fois, j’implore en silence, one time s’il vous plait ! Je veux continuer la soirée à battre Phil sois même ! Une autre image oui, non une dame, rien, out ! J’étais au centre de l’action et déjà le vainqueur s’empare des jetons. Phil lance rapidement son 400 de BB, il ne tourne même pas la tête, je n’existe plus pour lui, je vais serrer la main du vainqueur, « goodluck » et quelques mots gentils des autres joueurs de la table. La tête me tourne, la douleur est à la hauteur du plaisir et des espoirs !
Paradis oui, 20 millions de joueurs de poker auraient voulu passer la soirée à ma place à la droite de Phil Ivey à las Vegas aux WSOP. La brutalité de la pire des mains de poisse, il n’y a qu’un pas du paradis à l’enfer mais celui du poker ne dure que quelques minutes ! En vous écrivant, d’un œil je regarde le programme des WSOP et j’aurai ma revanche !
Les fées remplaceront la réunion de sorcières de cette semaine, je ne sais pas quand, mais je l’aurai ce come back.
A bientôt et merci pour tous vos messages d’encouragement et toute la sympathie que vous m’envoyez.
Amicalement vôtre, Pierre Friend of PokerStars







