La recherche d’un coin flip ? La volonté de le faire enfin abandonner un coup ? C’est vrai, il paraissait dans une telle confiance… Il relançait tous ses petits connecteurs ou gapeurs… Il venait d’ailleurs de toucher une quinte ventrale grâce à un 5 sur la river.

Mais non, il avait les rois… Mauvais timing.

Ou alors tout simplement de l’impatience due à la frustration des nombreux coups perdus ?

Non. Rien de tout cela. C’était un jour sans, tout simplement.

Les actions de jeu n’étaient que des conséquences. Il ne faut pas chercher plus loin.

Mon jeu a été haché, sans rythme.

Il faut dire que mes nerfs étaient bien fatigués car mis à rude épreuve avec la perte et destruction de ma valise. En plus, c’est bien d’avoir des records de longévité… Mais si l’organisme n’assimile pas le décalage horaire, ils ont bon dos les records!

En bref et pour faire simple, toutes les conditions étaient réunies pour flinguer un tournoi.

Bon, c’est la vie. On note, on retient et on tâche de faire en sorte que cela n’arrive plus…

Ai-je réellement des raisons d’être triste ?

Je viens de Belgique, où il neige. Je suis au soleil près des dauphins. J’ai gagné ma place via un satellite, en battant les meilleurs joueurs de SNG du monde (Busto, Stevie, DDB). J’ai l’avion, l’hôtel, et donc le buy-in offerts. Et en plus, j’ai eu le privilège de jouer toute une journée à la même table que Daniel Negreanu…

Ai-je réellement des raisons de râler ?

C’est vrai que j’aurais voulu lui opposer plus de résistance au Daniel…Et pourquoi pas le sortir, comme il y a deux ans au même endroit.

Mais bon, on ne refait pas l’histoire. On la vit.

Dès lors, plutôt que de me flageller de n’avoir pas trouvé le bon rythme, j’ai relu mon plan de route.

1°) comment positiver. 2°) se rappeler le plaisir d’avoir participé 3°) ne pas oublier la chance que j’ai 4°) POSITIVER DE TOUT. Et même adorer les bad-beats. En effet, le seul moyen de ne pas en avoir, c’est de ne pas jouer au poker. Donc, j’aime les bad-beats.

Alors, une idée m’est venue. Je suis remonté dans ma chambre, ai pris mon clavier, et ai décidé d’écrire une lettre à Daniel.

A la table, je lui avais dit qu’il devait être moins agressif, en regard du prix Nobel de la paix que je lui avais attribué dans mes vœux. Il avait ri poliment, incrédule.

Je vous en livre l’introduction :

Cher Daniel, C’est un réel déplaisir pour moi d’avoir été crucifié de la sorte par le nouveau prix Nobel de la paix. Sans compter le fait que tu as également crashé mon record de 40% d’ITM en EPT. A cause de toi, il n’est plus que de 36%. Néanmoins, je te remets quand même mes meilleurs vœux de succès en 2010.

Muni de la copie en anglais de mes vœux, je suis redescendu dans la salle de jeu et suis allé le trouver pour lui fixer rendez-vous à la fin de sa partie.

C’était à mon avis le seul moyen de lui faire lire ma lettre. En effet, il en reçoit près de 100 par jour, sans compter les centaines de mails journaliers qui lui ont déjà valu plusieurs changement d’adresse.

Et il est venu au rendez-vous comme promis.

Je lui ai donc donné ma lettre à lire.

En guise d’explication, je lui ai fait lire mon texte de vœux, où je lui décernais officieusement le prix Nobel de la paix.

Satisfait de mon effet, je l’ai vu sursauter sur place et sourire à la lecture de ceux-ci.

Le reste semblant moins l’intéresser, j’ai écourté, en lui disant qu’il pourrait lire le reste un soir de bad-beat. Il m’a répondu gentiment que cela risquait de ne pas arriver, car à son sens il n’y en avait plus, puisque je les avais tous pris.

Un vrai plaisir. Je lui ai également fait une proposition, dont je vous reparlerai plus tard.

Après ce moment de pur bonheur, j’ai vraiment eu la sensation de ne pas avoir fait le voyage pour rien.

Je rends de ce pas Daniel aux nombreux journalistes qui l’attendent, non sans lui avoir souhaité bonne chance pour la suite de son tournoi, et lui avoir donné rendez-vous au High Roller, pour lequel je compte bien me qualifier.

Suite à cet épisode, je retourne dans ma chambre, épuisé.

Je m’endors tranquillement en essayant de donner un titre à ma journée.

5 janvier : défaite poker ? ou 5 janvier : victoire humaine ?